Depuis la sortie du très bon J’ai tué ma mère, on attendait avec une certaine impatience, le deuxième film de Xavier Dolan. Avec Les amours imaginaires, le jeune réalisateur présente un film axé sur le triangle amoureux : un couple d’amis dans la jeune vingtaine, Marie et Francis (Monia Chokri et Xavier Dolan) tombe amoureux d’un jeune campagnard, Nicolas (Niels Schneider). Le film débute sur un sondage à la caméra où l’on voit des jeunes relater leurs états d’âme quant aux relations amoureuses. Puis commence l’intrigue, avec de nouveaux personnages et il n’y a pas de séquences charnières entre les deux; comprennent qui peuvent. Ceci dit, la première partie du film se laisse voir avec intérêt. Ensuite, ça stagne, on a droit à des longueurs, des redites et encore des longueurs.
Des chansons à succès comme Le temps est bon de Stéphane Venne interprétée par Isabelle Pierre, Viens changer ma vie popularisé par Renée Martel et Bang Bang tiré du répertoire fétiche de Dalida, servent de trame sonore à des images subséquentes qui n’en finissent plus d’exhiber les trois personnages sous tous les angles. Par ailleurs, plusieurs belles pièces de musique classique très envoûtante soutiennent avec bonheur une image superbement cadrée. L’amour, toujours l’amour. Dans les arts, on l’a sans cesse chanté et conjugué à tous les temps. En ce sens, le jeune réalisateur ne fait pas exception à la règle mais, disons-le franchement, la ligne dramatique est bien mince et le piétinement du film désole.
Une gloire à la nicotine
Avec ses personnages qui fument sans arrêt, on se demande si le film ne fut pas secrètement commandité par Imperial Tobacco. Et tout le film piétine encore et encore. C’est un choix éditorial, je sais, mais Dieu que c’est long. On aurait cru un dénouement possible quand, au chalet, Marie surprend les deux hommes dans un moment intime et qu’elle retourne aussitôt à la ville. On se dit qu’enfin, le sur place va cesser. Mais non, l’amitié refroidit quelque peu, chacun prend son bord et l’on revient à la case départ.
Un caméo intéressant, celui d’Anne Dorval, toujours excellente et vêtue d’un bustier remarquable. Fait à noter, outre le scénario, la réalisation, l’interprétation d’un rôle principal, la coproduction, Xavier Dolan a créé les costumes. Et aussi le dossier de presse, très flashé (il a été utilisé à Cannes) mais fort peu pratique pour les journalistes. Il s’agit d’un document minuscule, parfois presqu’illisible avec ses petits caractères dorés sur carton orange. Un document avec des pages inutiles et d’importantes informations manquantes, comme une grande partie du générique. Pour son deuxième film, Dolan en a prit beaucoup sur ses épaules. «Qui trop embrasse, mal étreint», dit-on parfois. C’est cliché mais dans ce cas, tellement réaliste. Ce film véhicule de belles images mais en fait c’est un écran de fumée. Le spectateur y est laissé pour compte, comme si le réalisateur dialoguait avec lui-même.